Lettre à ma mère – 20

5 juillet 1916

Ma Chère petite Maman,

J’ai été très étonné d’apprendre par une lettre reçue hier (datée du 2 juillet) que tu n’avais rien reçu de moi depuis un laps de temps assez long. D’après mes camarades, je crois que cela doit être général. Aussi, je profite de ce que la femme de mon chef, qui est venue nous voir ici, s’en retourne à Paris, pour lui confier cette lettre.

Tant pis si tu as reçu mes autres lettres, je te redonne quelques détails: après être passés par Noisy le Sec et Saint Denis, dans le train, nous sommes au repos dans un petit village au sud ouest d’Amiens, dit Borgicourt, à je ne sais combien de kilomètres du front. Aussi, tu vois qu’il n’y a pas de bile à se faire. Nous apprenons la manœuvre du 120 long mais nous n’avons pas de canons: ou nous aurons des 90 ou nous reprendrons la place d’anglais auprès de leurs pièces.

Toujours est-il que pour le moment, nous nous en mettons jusque-là, car nous ne nous refusons rien. Aussi, mes économies se sont-elles envolées, et, dans une lettre précédents, je te demandais de m’envoyer un peu d’argent le plus vite possible car nous payons au moins 2 …… par jour et nous avons fait assez de frais dans le train et sur les routes.

Le matin, nous avons promenade de chevaux, aussi, tu vois qu’en somme, nous sommes un peu occupés quand même, surtout avec les nombreuses revues dont on nous afflige.

Malgré tout, vivement qu’on se débine d’ici. J’aime mieux être dans l’action plutôt que de ne rien faire. Je vois ici dragons, etc. qui depuis le début de la campagne passent leur temps à astiquer harnachement et chevaux et à faire les gommeux avec leurs lances, etc. Le plus fort c’est qu’ils portent tous 1 ou 2 chevrons! Pierre Prevost me disait vouloir aller dans la cavalerie: je lui donnerai mon opinion à ce sujet.

Je te disais aussi dans une lettre précédente que j’avais perdu mon carnet d’adresse et que je voudrais que tu me donnes les suivantes: Dore Pouré, Souzé, François Roland, Tante Louise et Tante Gouret.

Je ne vois plus grand chose à te dire, mais surtout ne te fais pas de bile car ce n’est vraiment pas la peine de s’en faire, and on est au moins à 70 km des lignes.

Ton fils qui t’embrasse bien tendrement

André Delepierre

P.S. J’ai reçu il y a 2 ou 3 jours le colis de père. Malheureusement, le pâté de truite était pourri, pour si énorme qu’il était. Les chocolats au kirsch étaient exquis.


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