Rahotep – Jeunesse

Dans les premières années de sa vie, Rahotep était plutôt taciturne, et il se mélait peu aux jeux des enfants du village. Il préférait les promenades solitaires sur le sentier écrasé de soleil qui serpentait entre les collines pelées jusqu’à la carrière de granit. Là, il contemplait des heures durant les ouvriers qui extrayaient sans relâche des entrailles de la terre les blocs destinés aux demeures royales, aux temples et aux séplutures. Il était fasciné par l’habileté des tailleurs de pierre qui faisaient surgir sous leurs ciseaux les formes parfaites à la gloire de l’Horus d’Or.
Avec l’adolescence, Rahotep commença de nourrir pour l’architecture une véritable passion. Kheti le surprenait parfois, qui dessinait avec une brindille sur le sable les plans d’un palais imaginaire, avant d’effacer rageusement de son pied les ébauches qu’il produisait avec peine. Pour aussi maladroits qu’ils parussent, les dessins de Rahotep révélaient une harmonie et une sensibilité étonnantes et il arrivait à Kheti de penser que son fils, sans en avoir conscience, était habité par l’esprit du grand Imhotep.
Un soir que le père et le fils rentraient au village, harrassés de fatigue et inondés de sueur après une journée de labeur, Rahotep remarqua sur le bord du chemin un objet à l’éclat inhabituel. Se penchant pour le ramasser d’instinct, il se figea soudain, la main en avant, comme pétrifié par ce qu’il venait de découvrir.
Kheti posa sa houe (setep) et s’accroupit afin de mieux voir. A demi dissimulé sous un roc, brillait un pendentif d’or, sur lequel étaient délicatement gravés des caractères semblables à ceux que traçaient les élèves scribes sur les ostracas.
– Dois-je le ramasser, père ? demanda Rahotep qui ne savait s’il pouvait même toucher la médaille qui concentrait les feux de Rê.
Kheti réfléchit un instant, manifestement mal à l’aise.
– Si cette…chose a attiré ton regard, c’est que Dieu l’a voulu ainsi, dit-il dans un souffle. Laissons Maât guider nos gestes.
Il n’avait pas fini ces paroles que le pendentif entra en incandescence sous les rayons du couchant, et refléta sur le front de Rahotep une lueur orangée. Khéti contemplait son fils sans pouvoir prononcer une parole. Le jeune garçon, comme hypnotisé, paraissait boire chaque grain de lumière puis, lorsque le soleil disparut derrière l’horizon, il tendit la main et se saisit du bijou qui répandit dans sa paume une chaleur bienfaisante.
(c) Musefabe 2006RAhotep


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