Le bateau de Papa

Pour la première fois, Papa a acheté un bateau. Pas un yacht qui se la pète, mais un petit zodiac tout blanc avec aux fesses un moteur Mercury de 20 chevaux, juste assez pour le ski nautique. Pour le bateau et le moteur, Papa a également acheté une remorque Erka, gracieusement accrochée à la 403 familiale. Pour abriter la remorque (pliable, quand même), Papa a investi dans la location d’un box rue des Cordelières. Pour payer le box… non, là j’arrète.
Toujours est-il que, au mois de Juillet 1969, nous sommes partis sur la Costa Brava, à Rosas (les Catalans disent Roses), dans la ferme intention de fendre les eaux bleues de la grande du même nom à bord de notre esquif.
Arrivés à l’hotel Monterrey, après l’installation dans la chambre, Papa a tiré la remorque sur la plage et a entrepris de monter le bateau. Car vous ne croyez quand même pas que c’était du prêt à naviguer? Tout était minutieusement rangé dans des cartons, avec un mode d’emploi de 57 pages qui aurait donné le tournis à un polytechnicien fayot…
Quatre heures plus tard, nous (enfin, surtout Papa) avions:
– Gonflé un boudin
– Payé le pot à un Belge (pas le pot Belge cher aux cyclistes) qui a essayé de nous aider
– Constitué l’attraction phare des estivants de l’hotel
– Frolé l’incident avec un couple d’Allemands qui se pliait de rire à chaque tentative de faire rentrer un truc dans un machin.
En fin de soirée, une forme blanche qui ressemblait à un zodiac était échouée sur le sable, comme un beau dauphin à l’oeil égrillard. Le seul hic, c’était que l’arceau avant qui était fourni était celui du modèle supérieur.
Il fallait couper.
Papa n’osait pas.
Un Hollandais, qui supportait nos cris et nos ahannements depuis le matin, se procura une scie à l’hotel. Un coup d’oeil à droite, un à gauche.
Le suspense était à son comble.
La scie entama le plastique avec un feulement de chat qu’on égorge. Miracle ! Il avait scié à la bonne dimension !
C’est à une équipe internationale de vacanciers ventrus mais néanmoins serviables que Papa paya l’apéro ce soir là. Quand au bateau, on en a profité jusqu’au dernier jour. A propos, il s’appelait Olifa, le bateau.
(c) Musefabe 2007


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