Hans

Hans avait une drôle de tête ce soir là. Quelque chose de chiffonné, de mal rasé, avec les yeux au fond des trous. Il faut dire qu’il en était à sa cinquième bière…attends ! Pas ces demis rigolos de nains qu’on sert pour de rire dans les bistrots parisiens en faisant bien attention de virer le faux col, non, pas ces bierounettes de maternelle qu’y faut que t’en avale plein la table pour planer au milieu de petites éructations pathétiques.
Non…
Des bières, des vraies, des grosses chopes pleines de mousse que Greta, la blonde aux arguments percutants derrière son petit corsage de dentelle, apporte par dix à la fois, des gros trucs d’un litre qu’on avale en déboutonnant son froc et en se massant le bide au milieu de gargouillis de chasse d’eau.
– Eine Mass, bitte !
Hans a relevé la tête. Ses cheveux ressemblent à un résidu de toundra après la chute d’une météorite.
– Tja, mein lieber ! Glaubst du nicht, dass es für dich genügt ?
Greta s’est penchée au dessus de Hans pour nettoyer la table ou trainent des débris de bretzel et un pot de moutarde. Le parfum de la jeune femme a quelque chose de lourd et d’entêtant, style patchouli délavé avec une pointe de sueur (forcément, à force de trimballer des chopes !). Au fond de la salle, un orchestre improbable de gros mecs en culotte de cuir soufflote des oumpapas chavirants.
– Qu’est ce que ça peut te faire que je boive, ma belle ? T’es pas ma mère… alors, apporte moi cette p… de bière.
Quand Greta revient, elle écrase litéralement la chope sur la table. Un geyser de mousse amère part à la verticale, décrit une courbe gracieuse et retombe en flaques blanchâtres sur le pantalon de Hans, vous voyez où ?
– Ach, du Abfall !
Hans s’est levé brusquement… pour se rasseoir tout aussi vite, pris d’un vertige taquin. L’orchestre entame une valse grumeleuse.
Greta pose ses chopes et tente maladroitement d’essuyer le désastre. Après quelques vaines tentatives de résistance, Hans laisse faire.
Leurs regards se croisent. Greta a de beaux yeux bleus, un peu trop maquillés, peut-être… Mmm, une fois rasé et nettoyé, Hans ne serait pas si mal que ça.
Le soleil se lève sur l’Oktoberfest.
(c) Musefabe 2006


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