Charles

Soleil de lave sur les dunes en fusion. Charles interroge le ciel. Il est assis depuis plus d’une heure devant son modeste abri, chauffé à blanc. Sa soutane blanche, marquée du Sacré Cœur de Jésus frémit au vent du désert. Ses longs doigts fins se sont joints pour une prière muette.
Il est loin, l’officier de cavalerie noceur, arrogant, cynique et provocateur ! Soudain, sa voix claire résonne dans le silence pesant :
– Dieu ! Seigneur !
Rien ne répond. Un vide d’angoisse s’installe dans l’esprit de Charles.
– Dieu ! Tu vois où je suis, tu sais ce que j’ai abandonné pour Te suivre, ce que j’ai parcouru pour Te trouver ! Dois-je faire plus encore ? Seigneur, Tu connais chacun de mes actes, chacune de mes pensées ! Oh ! Mon Père ! Suis-je encore digne d’être Ton fils après tout ce que j’ai fait ?
Une vilaine brise siffle à présent et soulève des voiles de sable fin. Charles met sa tête dans ses mains.
– J’aime, Seigneur ! J’aime avec un cœur si grand !
Les rides au coin de ses yeux se mouillent de larmes salées.
– J’ai chassé de mon esprit tout jugement. Je prie pour mes frères, à chaque instant où je ne dors pas !
Charles se lève et fait quelques pas. La poussière du sol ne conserve même pas les maigres traces de ses sandales usées. Il crie, à présent :
– Je t’écoute, mon Dieu, moi qui te parle sans cesse ! Où es-tu, sacreb… ?
Au bord du blasphème, il s’est mis à courir dans la chaleur insensée. Ses pieds heurtent les cailloux du chemin, la sueur glisse en rigoles hésitantes le long de sa barbe. Il trébuche, enfin, il tombe à plat ventre, les bras en croix. Charles ne bouge plus, face contre terre.
– Tu as mal ?
Charles redresse la tête. Devant lui se tient une fillette d’une dizaine d’années, vêtue de blanc et de gris. Elle le contemple de ses grands yeux noisette aux filaments vert sombre. Elle reprend :
– Tu veux un verre d’eau ?
– Qui es-tu ? demande Charles.
– Bois d’abord ! Et puis, tu poses trop de questions !
Elle présente la cruche une nouvelle fois.
Surpris par ce ton sérieux, il avale quelques gorgées d’eau fraîche qui lui paraissent délicieuses. A mesure qu’il boit, un grand sourire illumine le visage de l’enfant.
– Je t’ai entendue, tu sais…tu as raison d’aimer !
Charles se relève et veut lui répondre. Il est seul. La fillette a disparu.
(c) Musefabe 2006


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